Pourquoi encore parler de couleur de peau aujourd’hui ?

The Clapback – Pourquoi intervenir quand on entend des stéréotypes racistes
par Elijah Lawal

On les a déjà tous entendus, ces stéréotypes racistes. Les africains sont les champions du marathon parce qu’ils doivent courir 20km par jour pour aller à l’école. Depuis qu’ils sont tout petits ! Et puis si les jeunes hommes noirs sont plus souvent fouillés que les blancs par la police… Enfin, c’est bien qu’ils sont plus souvent susceptibles d’être coupables, non? A l’opposé, toute personne noire sait bien sûr dancer comme Michael Jackson ! Et est forcément bien dotée par la nature (un postérieur rebondi et pour ces messieurs… enfin, vous voyez… je veux dire… XL quoi…) !

Couverture du livre "The Clapback" par Elijah Lawal

Elijah Lawal attaque un par un ces préjugés au sujet de la communauté noire au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Ce faisant, il fait le pari de mélanger rigueur scientifique et humour désinvolte, en liant les sujets dans des chapitres thématiques : identité, sport, rapport à la police et la justice, égalité au travail… La sauce prend bien : malgré un sujet difficile, on se retrouve souvent à sourire quand l’auteur raconte des anecdotes de son enfance.

Une chose est claire : on ne peut pas reprocher à l’ouvrage d’être sous-documenté : ça fourmille de chiffres et d’études, et on découvre ou se remet en tête un nombre important de statistiques effarantes… En effet, le postulat de départ de l’auteur est le suivant : pour combattre un préjugé, il faut pouvoir démontrer pourquoi il est faux.

Mais il y a une paire de soucis inhérents à de telles énumérations de chiffres étant censé être des démonstrations fleuves. Si le lien est faible entre une étude citée et le point qui est argumenté, la force de l’argument s’en ressent. Et parallèlement, lorsqu’une analyse particulière n’inclut pas certaines statistiques que l’on connaît par ailleurs et qui pourraient atténuer le propos, cela tend à faire s’interroger sur l’objectivité du reste des chapitres. Heureusement, ces situations sont rares.

Toutefois, Lawal fait ressortir deux points saillants particulièrement éclairants :

  • Le fait que tout stéréotype est nocif, même celui considéré par beaucoup comme « positif ». Par exemple, les noirs courent vite ? Faisons donc leur faire du foot ou de l’athlétisme ! Ce genre de réactions résultent en un certain nombre de portes qui se ferment automatiquement…
  • L’aspect bien souvent systémique de la discrimination. Par exemple, dans la plupart des pays d’Europe, les citoyens surestiment, souvent par un facteur x2, le nombre d’immigrés dans leur pays. Cette « peur » est alimentée par des médias souvent distraits et une classe politique perçue comme peu concernée par la rectification d’inégalités de base. Le racisme systémique créé des effets cumulés.

Bref, cette lecture est utile pour mieux comprendre les difficultés que rencontrent les membres de communautés minoritaires. Et mieux comprendre ce que veut dire « privilège ». A noter : même en me considérant ouvert et « au courant » sur ces problématiques, je me suis trouvé à ne pas comprendre ou activement être en désaccord avec quelques points soulevés par l’auteur. Et dans ces cas-là, la difficulté consiste à passer d’une position initiale « pfff… n »importe quoi cet argument » à une attitude plus ouverte pour essayer de voir ce qui se trouve dans son angle mort. En un mot : un réel exercice d’ouverture et d’empathie.

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