Quand le réel et la fiction s’entrechoquent

Chroniques de l’oiseau à ressort
par Haruki Murakami

Un chat perdu, un beau-frère menaçant, une jeune voisine curieuse, un puits, une tache bleue… Autant d’éléments loufoques (et bien d’autres encore) auxquels Toru Okada, Tokyoïte trentenaire, va devoir se confronter lorsque sa vie se retrouve bouleversée, un jour qui semblait pourtant commencer comme les autres.

Notre héros aura fort à faire pour sortir du labyrinthe apparemment infini dans lequel il se retrouve enfermé. Finalement assez peu aidé par une galerie de protagonistes aussi étranges que chaotiques, il devra se dépatouiller plus ou moins seul, et apprendre à regarder à l’intérieur de lui-même afin de résoudre la quête dans laquelle il se retrouve embourbé bien malgré lui.

Rêve ou réalité ? Passé ou présent ? Noyade ou envol ? Toru va perdre progressivement tout sens du réel, et s’enfoncer lentement dans un univers fantasmagorique, atteignant par moment les confins de l’hallucination. Parviendra-t-il à se sortir de l’oeil du cyclone ?

Réalisme magique et connaissance de soi

Murakami est apparemment un écrivain versant dans plusieurs genres, du réalisme à la fantaisie. Mais ce sont bien les éléments de réalisme magique qu’il saupoudre sur son roman qui caractérisent le mieux ce dernier. Entre présent réel et imagination délirante, les personnages aux capacités surnaturelles se succèdent tout au long de l’aventure, performant des actions plus surprenantes les unes que les autres.

La quête de sens permanente, le travail effectué par l’auteur sur la recherche de la vérité intrinsèque de son personnage… Ajoutons à cela les retours incessants à des événements s’étant déroulés lorsque le Japon occupait la Mandchourie avant la seconde guerre mondiale. Et le commentaire acerbe sur le caractère des différents protagonistes (japonais comme chinois ou russes) qui s’y rencontrent. Ces thèmes centraux du roman finissent de le placer en plein coeur du réalisme magique.

Tout ça pour ça ?

Au-delà du style assez plaisant, même si peu remarquable, les « chroniques de l’oiseau à ressort » présentent quelques problèmes. Le protagoniste, déjà, est aussi charismatique qu’une huître. J’avais déjà vu ça chez Murakami : j’avais qualifié le héros d’une autre de ses histoires de « sorte d’ombre désincarnée pouvant représenter n’importe quel jeune homme anonyme habitant l’enfer urbain« … Et je dois dire que la description fonctionne ici parfaitement également. Forcément difficile de s’enthousiasmer pour lui…

Surtout sur plus de 600 pages (écrit petit) ! Pourtant, je n’ai jamais eu peur des pavés, pourvu qu’il s’y passe un minimum de choses… Et là, en dehors de quelques passages très convaincants, on se retrouve souvent dans un attentisme assez plat. Le héros n’est pas vraiment acteur de ses propres péripéties.

Enfin, il est nécessaire de s’armer d’une bonne dose de crédulité pour accepter la « résolution » de l’intrigue. Une énorme impression de « tout ça pour ça? » après avoir suivi les pérégrinations de Toru pendant tout ce temps ! Gros goût amer à la fin, donc.

Bref, deuxième roman de Murakami, et deuxième fois que j’ai un sentiment d’inachevé. Si j’y reviens, je resterai sans doute plutôt du côté de ses essais (j’avais apprécié son Autoportrait de l’auteur en coureur de fond).

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