Qu’on lui coupe la tête !!

Crois ou meurs ! Histoire incorrecte de la Révolution française
par Claude Quétel

Quels souvenirs avez-vous de la révolution française ? La prise de la Bastille, la marseillaise, le drapeau tricolore ? Autant de symboles de la nation que la France est devenue après avoir effectué sa révolution en 1789. Cette Révolution est souvent présentée comme un progrès dans l’histoire de la France, abandonnant la monarchie absolue pour une république plus moderne. Une république avec le Citoyen en son centre, et qui met son bonheur en objectif ultime. Mais Claude Quétel n’a pas forcément cette vision romancée de la période !

Couverture de "Crois ou Meurs !"
Couverture de « Crois ou Meurs ! »

S’il est vrai que 1789 accouche de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, il faut reconnaître qu’assez vite, la Révolution s’est tourné vers un outil plus prosaïque pour parvenir à ses fins : la guillotine… A l’origine basées sur des principes “philosophistes” louables, rapidement les ambitions politiques reprennent le dessus. Les révolutionnaires rivalisent alors d’idéologies plus jusqu’au boutistes les unes que les autres, et les têtes commencent à voler.

Les différentes formes de gouvernement se succédant pendant les 10 dernières années du XVIIIème siècle n’ont pas réussi l’une plus que l’autre à endiguer une fuite en avant sanguinaire. Constituante, Législative, Convention, Directoire… Aucun des systèmes mis en place n’a réussi à “finir la révolution”, un but recherché par beaucoup, mais jamais atteint. L’emballement sanguinaire qui s’ensuivit est donc le fil rouge (sang) de ce livre.


Comment est-on passé de « bien commun » à « fosse commune » ?

Imaginez la violence de l’époque : une assemblée qui envoie ses propres membres à l’échafaud. Des bourreaux qui décapitent les cadavres de condamnés qui se sont suicidés auparavant, pour conserver le symbole ! Ou encore des prisons purgées par précaution sans aucune forme de procès. Les canons qui tirent sur la foule pour réprimer des courants contre-révolutionnaires à Nantes et Lyon…

"QU'ON LEUR COUPE LA TETE !!" Alice au Pays des Merveilles, Disney
« QU’ON LEUR COUPE LA TETE !! » Alice au Pays des Merveilles, Disney

Claude Quétel dresse le portrait de l’époque avec une certaine sévérité. Les événements les plus connus sont bien là : le serment du jeu de paume, la fuite du roi à Varennes, les coups d’État successifs. Mais ce sont surtout les acteurs de l’époque qui en prennent pour leur grade. Intrigues politiciennes, retournements de vestes, coups de poignard dans le dos… Rien n’est trop vil pour arriver à ses fins.

Le réel intérêt de l’œuvre réside cependant dans les explications politiques à propos des différentes factions, des impasses législatives, des vagues successives de girondins, jacobins, et autres montagnards… Le tout est très documenté, et inclut de nombreux extraits de discours et de mots d’esprit bien sentis qui m’ont fait sourire à de nombreuses reprises. A 450 pages, on est dans une zone d’équilibre parfait pour évoquer de nombreux sujets sans tomber dans une approche trop fouillée : cela reste une histoire de la Révolution pour néophytes.


Que retenir de la Révolution pour éclairer notre époque ?

Au-delà du plaisir d’apprendre une quantité de détails sur la Révolution elle-même, on pourra aussi noter quelques points pertinents pour analyser notre époque. Le premier concerne la presse de l’époque : entre agitateurs, politiques mal intentionnés, et censure plus ou moins officielle, les journaux de l’époque ont joué un rôle sans doute déterminent à de nombreuses occasions. Bien que la presse moderne soit loin du modèle en vigueur au 18ème siècle, il est intéressant d’observer que déjà à l’époque, il aurait été nécessaire de mieux combattre la désinformation

Première une du journal "Le Vieux Cordelier", en 1793 - BNF
Première une du journal « Le Vieux Cordelier », en 1793 – BNF

Autre point : le populisme était déjà rampant à l’époque. Entre l’invocation constante du “désir du peuple” (sans pour autant le mettre au centre des décisions) et les concepts de Liberté et Égalité complètement galvaudés, les révolutionnaires n’avaient rien à envier à Trump. Déclarer mettre le Peuple au centre de la nation tout en continuant à entretenir un système classiste, c’est une belle performance ! Notons également le simulacre de démocratie qui a souvent pris le dessus, avec des séances des assemblées législatives se tenant souvent en présence d’un public, et des “claques” organisées qui venaient interrompre les discours des opposants et harceler des députés !

Enfin, intéressant de noter les changements de systèmes que les révolutionnaires ont tenté de mettre en place. Un nouveau calendrier républicain, des fêtes républicaines pour remplacer les célébrations religieuses, un travail important sur le système métrique… Pour faire table rase du passé, quoi de mieux que de changer les systèmes qui sous-tendent l’organisation quotidienne d’une population ?! Mais on notera également que la majorité de ces changements ne perdurera pas plus d’une quinzaine d’années… Comme quoi, vouloir changer les habitudes de l’utilisateur contre son gré n’est pas une erreur que seuls les UX designers peuvent faire !

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